Les conséquences d’accuser quelqu’un de harcèlement sur les réseaux sociaux

12 septembre 2020

Les gens utilisent les plateformes de médias sociaux comme Facebook, Twitter, Instagram, LinkedIn, SnapChat et de plus en plus Tik Tok pour partager leurs opinions sur à peu près tous les sujets. Ils se fient alors aux coups de pouce de leur connexion internet pour diffuser largement leur message. Les médias sociaux peuvent être un outil puissant pour partager des idées, informer les autres et même aider votre communauté à rester en sécurité en cas de menace ou de danger.

Il n’est donc pas surprenant que lorsque les gens ont l’impression d’avoir été harcelés ou ont été les témoins d’un incident lié au harcèlement, ils se tournent vers les réseaux sociaux pour partager leur histoire. Les motivations pour publier des informations sur un incident en lien avec le harcèlement peuvent varier. Cela peut être pour évacuer de la frustration, pour tendre la main à des amis, à des membres de la famille, pour obtenir du soutien, pour avertir les autres du comportement et du caractère d’un harceleur présumé ou encore, carrément pour se venger. Indépendamment de l’intention ou de la motivation de chacun, il y a de graves conséquences à publier des allégations de harcèlement sur les réseaux sociaux.

Si vous manquez de temps et que vous ne pouvez pas lire l’article au complet, permettez-moi de vous donner un conseil. Si vous songez à accuser quelqu’un de harcèlement via les réseaux sociaux…ne le faites pas!

La publication d’accusations de tout type sur les médias sociaux comporte un certain nombre de risques impossibles à contrôler et peut déclencher une série de conséquences à la chaine pouvant être potentiellement bouleversantes pour toutes personnes impliquées, y compris, mais sans s’y limiter, pour le public qui lit et s’engage dans ce type de publication, l’accusé, la victime présumée, les spectateurs, les témoins, les employeurs, amis et familles de tous les joueurs susmentionnés.

Voici donc quelques points à considérer avant de publier, de réagir ou même de prêter attention à des informations sur un harcèlement ou un harceleur présumé sur les réseaux sociaux.

Les publications sur les réseaux sociaux bénéficient d’un contexte limité

De par leur nature, c’est-à-dire des mises à jour courtes et concises. Toutes les plateformes ont des limites de caractères et des durées maximales concernant les vidéos afin que les informations puisent circuler rapidement. En tant que tel, il est incroyablement difficile de raconter toute l’histoire derrière une publication sur les réseaux sociaux, c’est d’autant plus le cas pour les publications dénonçant le harcèlement.

Si vous vous trouvez dans une situation où vous ressentez le besoin d’exprimer votre inquiétude ou de signaler un incident de harcèlement, les médiaux sociaux ne sont pas le moyen à choisir, car vous ne pouvez pas raconter l’histoire complètement et donner toute l’information de base nécessaire pour informer pleinement le public. De même, si vous lisez un article sur le harcèlement, gardez cette limitation à l’esprit – vous ne connaissez probablement pas l’histoire complète et vous pourriez vous faire une fausse représentation en interagissant avec le message sans être pleinement informé.

Les messages ne disparaissent jamais complètement

Toutes les actions menées et les informations partagées sur une plateforme de médias sociaux sont « concédées sous licence » au propriétaire de la plateforme de médias sociaux. Si vous consultez les conditions d’utilisation de Facebook au sujet de la suppression de contenu par exemple (à partir de septembre 2020), on peut lire :

Lorsque vous supprimez du contenu, il n’est plus visible pour les utilisateurs, mais il peut continuer d’exister ailleurs sur nos systèmes par exemple dans le cas où:

• La suppression immédiate n’est pas possible en raison de limitations techniques (dans ce cas, votre contenu sera supprimé dans un délai maximum de 90 jours à compter de sa suppression;

• Le contenu a été utilisé par des tiers conformément à cette licence et ils ne l’ont pas supprimé (auquel cas cette licence continuera de s’appliquer jusqu’à ce que ce contenu soit supprimé); ou

• Les contenus peuvent également continuer d’exister quand :

La suppression immédiate restreindrait la capacité d’enquêter ou d’identifier des activités illégales ou des violations des conditions ou politiques de la plateforme (par exemple, pour identifier ou enquêter sur l’utilisation abusive de leur Produit ou système);

Empêcherait de se conformer à une obligation légale, telle que la conservation de preuves;

De répondre à une demande des autorités judiciaires ou administratives, des forces de l’ordre ou d’un organisme gouvernemental;

Dans ce cas, le contenu ne sera pas conservé plus longtemps que ce qui est nécessaire aux fins pour lesquelles il a été conservé (la durée exacte variera au cas par cas). https : //facebook.com/terms.php;

Donc, en d’autres termes, même si vous souhaitez supprimer quelque chose que vous avez publié sur votre compte Facebook, à propos d’un incident de harcèlement ou d’un prétendu harceleur, Facebook peut être obligé de conserver et de fournir ces informations si une action en justice a été engagée, cela inclut tous les commentaires que vous avez pu saisir sur la publication de quelqu’un d’autre au sujet du harcèlement.

Même si vous n’êtes pas préoccupé par une action en justice, mais que vous souhaitez retirer quelque chose que vous auriez dit sur les réseaux sociaux à propos d’un incident de harcèlement, si quelqu’un a partagé ou pris une capture d’écran du message, vous n’aurez que peu ou pas de contrôle sur la suppression de ces informations pour les empêcher de se propager davantage. Il suffit d’une seule connexion dans vos paramètres de confidentialité pour partager une publication publiquement (c’est-à-dire) pour qu’elle soit visible par quiconque est sur ou en dehors de la plateforme de médias sociaux. #trainenmarchehorsdecontrôle.

Une fois publié, le récit peut changer

Dans la même ligne de pensé que les points mentionnés ci-dessus concernant la quasi-impossibilité de raconter l’histoire complète, ou de supprimer le contenu qui a été publié sur les médias sociaux, les utilisateurs doivent également considérer que toute partie de leur histoire, y compris les images et les vidéos, peut facilement être republiées ou partagées par d’autres médias ou d’autres utilisateurs de médias sociaux qui eux, peuvent ne pas protéger l’intégrité d’origine de la publication. Certains détails peuvent être modifiés ou omis, et il peut être difficile pour les utilisateurs de déterminer qu’elle est la publication originale, ainsi que les intentions associées au message de base.

Les messages sont considérés comme des preuves

Si les points abordés ici ne vous ont pas convaincu des dangers de publier ou de traiter des informations sur le harcèlement sur les réseaux sociaux, considérez que ce type de publications peut être considéré comme des preuves devant les tribunaux. Les publications sur les réseaux sociaux, les commentaires, les images, les vidéos et même les « pouces de soutien » sont aussi admissibles que tous autres types de traces écrites ou qu’un enregistrement audio/visuel.

Le pendule balance dans les deux sens.

Pour mieux faire comprendre cet argument, imaginez qu’une publication peut prendre de l’ampleur, vous échapper, être montée en épingle et changer complètement de cap.

Par exemple, si vous choisissiez de publier des informations sur les réseaux sociaux concernant du harcèlement, vous invitez votre cercle de relations à s’engager dans la publication. Vos relations peuvent montrer leur approbation ou leur désaccord envers le message de la manière qu’ils le souhaitent, en poursuivant la conversation avec des commentaires sur l’incident ou sur vous, et ce, avec des degrés divers de vérité ou d’exactitude.

Si le message devait sortir de vos cercles de contacts en raison de multiples « partages », « repost » ou « retweets », cette conversation amplifiée et modifiée pourrait changer complètement de cap et finir par vous être nuisible. Vrai ou non, les publications amplifiées sur les réseaux sociaux finissent par devenir accessible à un plus large éventail de personne et il devient impossible de tout supprimer ou de suivre complètement, comment elles sont utilisées de manière non intentionnelle ou encore comme preuve juridique.

Matière à réflexion… quand vous décrochez votre téléphone pour exprimer vos pensées sur le harcèlement, faites-le en contactant un ami de confiance ou un conseiller juridique.